Les effondrements de la rue d’Aubagne

Événement traumatisant de l’histoire marseillaise abordé dans une exposition au Coco Velten

Dans le cadre de la biennale d’art contemporain Manifesta, et avec le soutien de Peuple et culture Marseille, le Coco Velten accueille une exposition de la documentariste Annika Erichsen et le réalisateur sonore Mehdi Ahoudig, revenant sur les effondrements de la rue d’Aubagne uniquement par le son.Au mois de septembre, notre petit groupe franco-allemand a pu profiter d’une exposition de Annika Erichsen et Mehdi Ahoudig, présentée dans une salle du Coco Velten à Belsunce. Il s’agissait d’une exposition traitant des effondrements d’immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille, qui ont eu lieu le 5 novembre 2018.

L’effondrement a provoqué la mort de huit personnes. Il s’agissait de deux immeubles vétustes du centre-ville, aux 63 et 65 rue d’Aubagne, dans le quartier populaire de Noailles. Lorsque ces deux immeubles s’effondrent, les secours démolissent immédiatement l’immeuble adjacent du 67, inoccupé et également fragilisé. L’exposition prenait la forme de témoignages ; une jeune femme qui habitait dans un des immeubles et ayant échappé à l’effondrement, un homme responsable du sauvetage des personnes piégées dans l’effondrement nous parlaient de leur expérience, de leur regard sur cet événement épouvantable. Nous étions dans la salle plongés dans le noir. Sur un écran étaient projetés les sous-titres anglais des témoignages que nous entendions dans un casque audio. Aux témoignages et paroles de ces deux personnes, s’ajoutaient des captations sonores de bruits. L’exposition de cet événement dramatique révèle les dysfonctionnements des services de la ville et de la métropole, qui avaient été alertés par des experts à de nombreuses reprises que les immeubles n’étaient plus en bon état et présentaient un risque pour les habitants de ceux-ci.

Marie, un des deux témoins que nous entendons dans l’exposition, nous parle justement de tout ce processus d’avant l’effondrement. Elle nous raconte que déjà des mois avant l’effondrement, elle et ses voisins observaient des éboulis, des fissures dans les murs, et plus tard les portes qui se décentraient de leur encadrement, empêchant les habitants de sortir ou de rentrer de chez eux. À ces signalements, les experts ont garanti aux habitants qu’ils étaient en sécurité, qu’ils pouvaient rentrer chez eux et que les habitations ne présentaient aucun danger. Le 5 novembre, 8 personnes décèdent à cause de cette non-réactivité. Marie, par miracle, était partie dormir chez ses parents la veille des effondrements. Le deuxième témoin, responsable des secours, nous raconte et explique tout le processus de secourisme des victimes des effondrements. Ces deux paroles témoignent de l’atrocité de cet événement. En ce qui concerne le format de l’exposition, plongés dans le noir nous nous sentons, spectateurs, pleinement immergés dans le climat de l’événement. L’absence d’images et la présence de ces deux témoignages, des bruits, nous incite à imaginer visuellement l’ampleur du désastre. Nous nous concentrons sur ces voix, sur ces paroles et sur ces sons. Cette absence d’image peut toutefois causer une certaine frustration : à ces mots nous voulons poser une image, des images. Nous souhaitons voir pour mieux visualiser. Il a pu manquer au spectateur également une certaine contextualisation : mise à part l’expérience de ces deux personnes, nous ne savons pas quelles ont été les mesures prises après l’événement, quelles ont été les responsabilités portées par la ville… nous voulons savoir : que s’est-il passé ensuite ? Quelles ont été les conséquences de cet effondrement ?

Article écrit par Yaelle Monnet


Vit à Marseille, travaille en France et en Allemagne. Quand la diplômée du double master en 2008 à Hildesheim n’est pas en train de tailler des sons pour un nouveau documentaire radiophonique ou de dérusher des heures d’interviews, de peaufiner une traduction ou de guider des groupes au MuCEM, elle survole la mer en aviron (euphémisme pour dire : ramer) entre le Vieux-Port et les îles du Frioul ou fait de la plongée entre Malmousque et l’île Degaby.

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