Née à Montreuil, dans la banlieue parisienne, j’ai profité toute mon adolescence de ce que la capitale avait à offrir, avant de m’échapper pour de nouveaux horizons, direction Berlin. Ma double culture franco-allemande m’a toujours poussé à vouloir vivre de l’autre côté, pour me plonger dans la culture allemande, en dehors de laquelle j’avais grandi. Berlin m’a permis de faire la rencontre de différentes cultures, tant des personnes de partout s’y rendent, et de goûter aux grands espaces. J’y ai découvert la possibilité de sortir du carcan dans lequel le travail défini l’identité de chacun.e, propre à Paris.
L’étendue de la ville, la richesse de sa nature et ses rues marquées par l’histoire m’ont nourri à plein d’égards. Seule l’offre de programmation des cinémas parisiens, que j’avais grandement l’habitude de fréquenter, m’a manqué. Depuis l’adolescence, le cinéma m’accompagne ou m’emmène partout. J’en suis toujours restée spectatrice, ne souhaitant jamais passer de l’autre côté de la caméra, jusqu’à récemment, où le désir a commencé à naître… Auparavant, c’était le théâtre qui me faisait travailler à l’endroit de la pratique : une institutrice m’y a initié en CM1 et au lycée et j’en ai fait ma spécialisation.
Du côté des études, c’est par le cinéma que j’ai commencé à me spécialiser. Après une hypokhâgne A/L, spécialisation théâtre, à laquelle je dois des capacités rédactionnelles et d’analyse rigoureuses, et une licence en Humanités Arts de Spectacle à l’Université Paris-Nanterre, j’ai resserré mon domaine d’études. J’ai fait le choix d’un Master d’Études cinématographique et audiovisuelle, à la Sorbonne nouvelle. Le cinéma me semblait être l’endroit qui réunissait d’autres champs d’études passionnants (la psychanalyse, la philosophie, l’histoire…), moi qui ai toujours souhaité rester dans la pluridisciplinarité. Ce master m’a apporté une grande formation théorique et m’a ouvert à la recherche. J’ai écrit un mémoire sur « L’intime dans les films de Céline Sciamma », à cheval entre ma première année à Paris et la seconde, à Berlin. Après avoir d’abord été déroutée par la découverte du système universitaire allemand (plus horizontal et plus libre que le français à mon sens), j’y ai pris goût et m’en suis servie d’exemple, puisque j’ai fait une pause d’un an dans mes études, après avoir validé mon master. Au cours de cette année, j’ai continué à travailler dans la restauration. Être serveuse m’a toujours apporté de l’adrénaline, une joie à être en contact avec autrui et une bonne gestion du stress et du travail d’équipe. Je me suis également découverte un grand intérêt pour les archives, grâce à une autrice que j’ai accompagné dans une quête d’informations sur l’histoire de ses grands-parents en Allemagne. J’ai fouillé parmi les archives nationales et régionales dans l’histoire de Berlin et de la Wehrmacht et je me suis prise au jeu de retracer la vie d’un individu à partir de celles-ci.
Après ces temps plongés dans la recherche, que celle-ci soit cinématographique ou historique, le désir a émergé en moi d’être plus proche du public et du terrain. Après avoir entendu parlé d’un master de médiation culturelle des arts double parcours franco-allemand à Marseille, et à Hildesheim, ville d’origine de mes grands-parents, il m’a semblé une évidence pour moi d’y prendre part. Je prends beaucoup de plaisir à travailler à une autre échelle, de façon moins solitaire et plus social. Il me semble par ailleurs important d’acquérir ce regard différent dans le domaine de la culture et bien plus encore, de développer une posture critique. Je ne suis plus seulement portée par l’analyse d’œuvres, entrecroisée de textes théoriques, mais j’apprends à être dans une relation dynamique avec un public, et d’échange des savoirs.
Voilà, il me semble, la lisière à laquelle je me situe et l’endroit où je souhaite fleurir : un pied dans la recherche, dans l’étude des cultures, de l’interculturalité et du cinéma et l’autre dans l’action directe. À cet égard, Marseille permet d’être toujours proche des gens et bien qu’il y soit difficile de travailler, il y a toujours le bleu de la Méditerranée pour rassurer… Je clos cette année par un stage pour le merveilleux festival de diffusion des cinémas arabes, Aflam, et espère qu’Hildesheim aura tout autant de réjouissements à offrir.